Lemming

LemmingAlain Getty, jeune et brillant ingénieur en domotique et sa femme, Bénédicte, se sont récemment installés dans une nouvelle ville. Ils reçoivent à dîner le patron d’Alain, Richard Pollock, et son épouse Alice. Cette rencontre ne sera pas sans conséquences sur l’harmonie du jeune couple. La découverte du cadavre d’un mystérieux rongeur dans l’évacuation bouchée de leur évier n’arrange pas les choses et annonce l’irruption de l’irrationnel dans ce qui était jusqu’alors une vie bien rangée.

Présenté en ouverture lors du dernier festival de Cannes, « Lemming » second film du discret Dominik Moll est une excellente surprise. Le film n’a finalement décroché aucun prix mais en seulement deux long-métrages, Dominik Moll s’affirme comme étant un jeune cinéaste doué et passionné. Adepte des exercices de style à la David Lynch, Moll se démarque de ce dernier grâce à sa mise en scène élégante et raffinée. Un véritable artiste en puissance.

Si Dominik Moll est reparti bredouille de la grande messe cannoise, c’est certainement en parti à cause du caractère très étrange de son film. Tout comme son premier métrage, « Harry, un ami qui vous veut du bien », Moll arrive en quelques plans à installer une atmosphère très pesante sur son film. Mais surtout il l’inscrit d’emblée dans le carcan réducteur du cinéma de genre. L’ironie, la violence et la sexualité à fleur de peau baignent le film d’une atmosphère quasi onirique. Pourtant, le métrage en lui-même n’a rien de très choquant. Moll étonne surtout dans son aptitude à installer en quelques plans une situation qu’il s’amusera à triturer quelques scènes plus tard.

Le jeune cinéaste s’entoure d’une équipe à peu près similaire à celle de son premier film. Il retrouve ainsi devant la caméra l’excellent Laurent Lucas qui après « Calvaire » (réalisé par Fabrice du Welz) ne semble plus vouloir quitter le cinéma de genre. Il est toujours accompagné de Gilles Marchand (réalisateur de « Qui as tué Bambi ? » avec encore Laurent Lucas) avec qui il co-signe le scénario de « Lemming ».

Quel est donc cet animal ? Le lemming est un petit mammifère rongeur très présent en Asie qui présente la particularité d’être très persévérant. Comme l’explique l’un des personnages du film, un lemming est prêt à traverser une très grande étendue d’eau même s’il doit se noyer en cours de route. Cet animal peut aussi se suicider face à un obstacle infranchissable.

L’arrivée de ce lemming dans la vie tranquille du petit couple formé par Alain Getty (Laurent Lucas) et sa femme Bénédicte (Charlotte Gainsbourg) va petit à petit bouleverser leur quotidien. Lors d’un dîner avec le patron d’Alain (André Dussollier), le couple fait la connaissance de sa femme, la taciturne Alice (Charlotte Rampling). Elle va petit à petit s’immiscer dans leur vie.

Les influences du cinéaste sont très claires. D’ailleurs il est amusant de noter que le film est en parfaite opposition avec « Harry ». D’un cadre campagnard, on passe à un cadre urbain rempli d’objets high-tech telle la fameuse caméra volante sur laquelle travaille Alain Getty. Le film fait beaucoup penser au « Lost Highway » de David Lynch pour son côté banlieue clean remplie de petits bourgeois qui mènent en apparence (voir leurs voisins) une vie bien rangée. Le film se joue d’ailleurs presque en huis clos et hormis le quattuor principal aucun autre personnage ne joue de rôle majeur dans le film. Là où le cinéaste rejoint Lynch c’est dans sa propension à installer une situation naviguant constamment entre rêve et réalité. La fin, abrupte, peut laisser un arrière goût d’inachevé, mais à la réflexion on se rend compte que le film est extrêmement logique. Certains petit détails restent obscurs mais cette résolution finale du mystère du lemming prouve, s’il était besoin, que le cinéaste n’a jamais perdu le fil de son hisoire malgré les apparences.

« Lemming » est assurément un film qui prend de la valeur avec le temps et au gré des visions successives. Malgré ses 2h10, le temps passe vite d’autant qu’on se laisse prendre au jeu des rebondissements successifs. Pour un film français, on peut dire que « Lemming » est novateur et original, prenant et finalement assez drôle. D’une peinture juste du couple d’âge moyen en crise, Dominik Moll en extirpe un thriller urbain plutôt plaisant. Finalement sans grand rapport (mis à part le caractère étrange) avec « Harry », « Lemming » est une excellente surprise et un film qui devrait logiquement se bonifier avec le temps.

Derrière la caméra pour ‘Harry’ et légèrement en retrait pour ‘Bamby’, il n’aura pas fallu longtemps pour que Dominik Moll se fasse un nom dans le cinéma francais. Du coup, son nouveau long metrage, ‘Lemming’, recevait les honneurs de l’ouverture de Cannes et se payait un casting plus qu’intéressant.

Empruntant à Lynch ou à Hitchcock, Moll semble avoir trouvé son créneau et son style en à peine quelques films. Car peu de scènes suffisent pour que l’on retrouve sa ‘touch’, qui avait fait merveille dans ‘Harry’. Ambiance glacée, dialogues grinçants et univers sonore unique… autant d’éléments qu’attendent à nouveau Laurent Lucas qui semble être définitivement la coqueluche du réalisateur.
On se souvient qu’il interprétait déjà Michel, l’ami d’Harry, mais également le médecin principal, dans ‘Bambi’.
Toujours très naturel, Lucas va être le point central de cette histoire marchant souvent à la limite entre le rêve et la réalité, entre le normal et le paranormal. Cause de cette rupture ? un petit rongeur dénommé Lemming, peut-être. Un diner à domicile avec le patron (Dussolier) et sa femme (Rampling), sans doute.
Autour de ce trio, Charlotte Gainsbourg offre une très belle prestation, bien plus nuancée qu’il n’y parait.

Si l’influence d’Hitchcock semblait assez évidente pour ‘Harry’, c’est vraiment vers Lynch que ‘Lemming’, irrationnel oblige. C’est ainsi sans jamais savoir sur quel pied danser que le spectateur entame avec Laurent Lucas cette marche parfois un peu lente, mais toujours surprenante et déroutante.
Le travail de réalisation est exceptionnel, très juste et précis. Mais plus que l’image, la bande son semble bichonnée pour ajouter davantage d’ambiance, pour un résultat fantastique.

On retrouve quelques éléments (quelques clés dirait Lynch) à mettre en paralelle avec Harry, comme l’importance donnée à des pièces de vie comme la cuisine ici (ou la salle de bain précédemment) ou encore l’obsession du futur volant, qu’il soit symbolisé par des webcams futuristes ou des gibons de romans. Une vision n’est sans doute pas suffisante pour décoder tous les éléments du film et, tout comme Harry, il faudra déguster avec un peu de recul ce thriller parfois un peu sinueux, mais finalement diablement efficace.

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